Que faire de ses archives ?

10 06 2010

J’ai un cruel dilemme à affronter. Pas vital, mais embêtant quand même pour un chercheur. Je vais peut-être être amené à me séparer des archives que j’avais accumulées pour la préparation de ma thèse de doctorat (Questions écologiques, réponses économiques, IEP de Paris, 1999). Mais je ne veux pas jeter ces cartons de documents patiemment collectés. Je me dis en effet que tous ces papiers (rapports, plaquettes, etc.) pourraient représenter un précieux matériau pour quelqu’un qui ferait une recherche sur l’histoire politique et institutionnelle autour des questions d’environnement, notamment pour la période des années 1980 et 1990.

J’aurais d’autant plus de regret à m’en séparer qu’une bonne partie des documents en stock serait probablement très difficile à trouver à nouveau. Une des difficultés de la thèse était d’ailleurs déjà l’absence de mémoire institutionnelle dans les ministères et organisations que j’ai eu à fréquenter. Le souci du passé et de la trace n’est pas en effet la chose la mieux partagée dans les institutions publiques. D’où le refus de me résoudre à dire que tout cela n’est que du papier.

Je cherche donc une solution.





Évaluation des enseignants-chercheurs et science-fiction

18 04 2009

 

Quel rapport entre les deux, avez-vous peut-être envie de me dire ? D’abord, le fait que, comme les gens de ma confrérie, je vais sans doute subir davantage la première (du fait des « réformes » en cours) et que je fréquente pas mal la seconde dans mes lectures extra-professionnelles. Ce qui m’a aussi amené à faire récemment certains rapprochements. Je lisais en effet il y a quelque temps le roman de Cory Doctorow Dans la dèche au Royaume Enchanté (Folio SF, 2008). L’auteur y décrit un monde qui a résolu les problèmes de mortalité et de subsistance. Dans ce futur aux allures utopiques, les humains peuvent donc consacrer leur temps à des activités plus ou moins ludiques. L’action du roman se passe ainsi à Disney World, où les protagonistes sont surtout occupés à restaurer et développer des attractions du parc.

 

Cory Doctorow - Dans la dèche au Royaume enchantéCe n’est pas tellement l’intrigue qui est ici intéressante (en gros, la rivalité entre des groupes gérant des attractions concurrentes). Comme souvent avec la science-fiction, c’est davantage ce qui sert de cadre, de contexte. En l’occurrence, dans la société dépeinte par Cory Doctorow, l’argent n’a plus d’utilité. Ce qui compte en revanche, c’est le « whuffie », une espèce d’évaluation permanente de la réputation, de la popularité individuelle. Facile à visualiser en plus grâce aux avancées de l’informatique ambiante. C’est cette espère d’objectivation de l’estime accordée à chacun, compte tenu de ses actions, de ses réalisations, qui fait alors non seulement la position sociale, mais qui devient aussi le critère principal des échanges pour accéder plus ou moins facilement à certains biens et services.

 

Assez rapidement en lisant le roman, je me suis dit qu’en fait, d’une certaine manière, nous sommes déjà dans ce futur. En observant le monde académique sous l’angle des tendances de plus en plus symptomatiques en matière d’évaluation (classement des revues, calcul du facteur d’impact, bibliométrie, etc.), j’ai l’impression qu’il se rapproche (lui aussi) du monde décrit par Cory Doctorow. Un monde où l’unique but semble être d’accumuler du « whuffie » (un équivalent du capital symbolique, pour parler dans un langage plus sociologique). Un monde où règnent les effets de réputation et la quête effrénée du crédit personnel. Avec évidemment tous les effets pervers que cela peut générer et qui font du progrès de la connaissance une simple survivance rhétorique.

 

Certes, pourriez-vous me dire à nouveau, ce n’est pas le seul lot des enseignants-chercheurs. Mais le monde universitaire peut être vu comme un laboratoire et un révélateur. Et avec une trame narrative apparemment naïve, Cory Doctorow a probablement le mérite de pointer un phénomène et une tendance large avec de véritables implications sociologiques.





Contre les raccourcis journalistiques : un complément au débat

7 02 2009

La Revue d’histoire moderne et contemporaine a sorti fin 2008 en supplément un intéressant numéro (n° 55 – 4bis) sur « La fièvre de l’évaluation » dans le monde de la recherche et des universités. Il est toujours utile en effet de resituer des évolutions dans leur profondeur historique et l’on aimerait que les commentateurs médiatiques fassent plus souvent cet effort pour éviter les raccourcis, approximations et erreurs grossières (comme l’ont montré certaines tribunes sur le mouvement des enseignants-chercheurs).

Revue d'histoire moderne et contemporaine n° 55 - 4bis

Ci-dessous, le sommaire du numéro, accessible pour ceux qui peuvent passer par le portail cairn.

Introduction

Origines et conséquences de l’évaluation dans l’université

Jean-Yves MERINDOL, Comment l’évaluation est arrivée dans les universités françaises

Isabelle BRUNO, La recherche scientifique au crible du benchmarking. Petite histoire d’une technologie de gouvernement

Sandrine GARCIA, L’évaluation des enseignements : une révolution invisible

La bibliométrie en débat

Ghislaine FILLIATREAU, Bibliométrie et évaluation en sciences humaines et sociales

Yves GINGRAS, Du mauvais usage de faux indicateurs

L’organisation de la recherche en France

Christophe CHARLE, L’organisation de la recherche en sciences sociales depuis 1945 : quelques repères pour un état des lieux