Sur les manières d’envisager le devenir de la démocratie

17 03 2009

Même si vous le trouverez en « tête de gondole » dans les lieux où se vendent les livres, vous n’êtes pas obligés d’acheter le dernier ouvrage d’Emmanuel Todd (Après la démocratie, Gallimard, 2008, 257 p.). Ou alors ne vous contentez pas de cette seule lecture. Je n’ai pas acheté le livre : on me l’a prêté et je vais donc me permettre ce conseil. Certes, certaines hypothèses peuvent paraître à première vue séduisantes ou stimulantes. Mais l’ensemble, sur un fond d’anthropologie des structures familiales et de démographie (le « cœur de métier » d’Emmanuel Todd), en reste souvent à des corrélations hâtivement construites et trop rapidement argumentées. Si vous vous intéressez à l’avenir de la démocratie, lisez plutôt Wendy Brown, professeur de science politique à l’Université de Berkeley. Cette fois, l’analyse est d’autant plus stimulante qu’elle ne vise pas simplement le cadre français. Quelques-uns de ses écrits ont été récemment traduits en français et permettent d’analyser le processus de « dé-démocratisation » qui semble en cours, pour reprendre son expression. Wendy Brown revient en effet sur le mouvement de convergence entre néolibéralisme et néoconservatisme et elle les saisit comme des rationalités politiques dont elle montre certaines affinités fonctionnelles. Jusqu’à déboucher sur des conclusions et interrogations pas forcément très optimistes sur les possibilités et conditions de renouvellement du  projet démocratique…

Les habits neufs de la politique mondiale

Pour ceux qui s’intéresseraient à la réflexion de Wendy Brown, ils peuvent trouver en français un livre : Les habits neufs de la politique mondiale. Néolibéralisme et néoconservatisme, Les Prairies ordinaires, 2007, 144 p. Un extrait est disponible sur le site de l’éditeur.

Le texte est aussi pour partie disponible en ligne sous forme d’articles :

– « néo-libéralisme et fin de la démocratie », publié dans Vacarme, n° 29, automne 2004.

– « Le cauchemar américain : le néoconservatisme, le néolibéralisme et la dé-démocratisation des Etats-Unis », publié dans Raisons politiques, n° 28, 2007.

Et pour une contribution personnelle qui, d’une certaine manière, questionne aussi le projet démocratique à partir du cas du « développement durable », voir également :

– « Le “développement durable” appelle-t-il davantage de démocratie ? Quand le “développement durable” rencontre la “gouvernance”… », article paru dans VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, Volume 8, Numéro 2, octobre 2008, et accessible en ligne.

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Débats publics et formes de mobilisation territorialisée

14 12 2008

 Puisque j’y participe, je me permets de faire de la publicité pour le séminaire « Débats publics et formes de mobilisation territorialisée » qui se déroule chaque deuxième vendredi du mois dans les locaux de l’EHESS de Marseille à la Vieille Charité.

La prochaine séance, dans laquelle j’interviens, aura lieu le vendredi 9 janvier prochain. Elle a pour titre « Participation et développement durable : la modernisation réflexive de l’action publique« . J’y ferai le matin une présentation intitulée « De la gouvernance du développement durable au gouvernement réflexif des pratiques démocratiques« .

Le programme de l’ensemble du séminaire est .

Ma présentation s’appuiera sur des travaux qui arrivent à publication, notamment « Le “développement durable” appelle-t-il davantage de démocratie ? Quand le “développement durable” rencontre la “gouvernance”… », article paru dans VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, Volume 8, Numéro 2, octobre 2008.

L’article est disponible en ligne.





Le « développement durable » appelle-t-il davantage de démocratie ?

30 11 2008

Paru le mois dernier :

« Le « développement durable » appelle-t-il davantage de démocratie ? Quand le « développement durable » rencontre la « gouvernance » »…

Article paru dans VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, Volume 8, Numéro 2, octobre 2008.

Résumé :

Telle qu’elle est le plus souvent conçue, la thématique du « développement durable » renvoie à un large ensemble de changements profonds à réaliser dans toutes les sphères de la société. Pour cette raison, elle s’inscrit logiquement dans une tonalité de mobilisation générale. Elle débouche fréquemment sur un appel à des procédures rénovées dans l’organisation de la vie collective, de façon à favoriser toutes les coopérations utiles. Autour des questions de « développement durable » et de gouvernance s’est ainsi formée une problématique commune sur les procédures à mettre en place pour pouvoir rapprocher, ou au moins faire réfléchir et discuter, des acteurs aux intérêts potentiellement divergents. D’une certaine manière, le « développement durable » tend, de façon plus ou moins explicite, à être pris comme une incitation à repenser la question de la pratique de la démocratie et des institutions à partir desquelles elle est censée fonctionner. C’est même une forme d’équation qui tend presque à être posée entre « développement durable » et démocratie, avec une relation de dépendance entre les deux termes. Un tel postulat incite à se demander plus précisément dans quelle mesure l’objectif de « développement durable » peut pousser ou contribuer à un travail de redéfinition du fonctionnement démocratique, à la fois dans ses principes et dans ses pratiques. Quelle forme d’avancée démocratique est dessinée ? Quels présupposés sont ainsi articulés ? Quelles propositions arrivent dans les discussions ? Sur quels dispositifs ces propositions tendent-elles à déboucher ? Quelles pratiques prennent forme et dans quelle mesure viennent-elles en prolongement de ce qui s’apparente à un programme de gouvernement renouvelé ? C’est à ces questions que cette contribution propose de répondre, notamment dans un cadre français et européen.

L’article est consultable en ligne ou téléchargeable