Conclusion : l’imagination apocalyptique comme exploration du monde commun

15 03 2016

Que faire face à l’apocalypse ? Suite et fin du texte développé dans les billets précédents, essayant d’explorer à partir de la science-fiction ce que cet imaginaire collectif, malgré son apparent pessimisme, peut avoir de productif.

La contribution complète sera présentée au colloque international sur les « Formes d(e l)’Apocalypse » (15-17 mars 2016). Elle est également téléchargeable en un seul fichier, en attendant une publication plus tard dans l’année.

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Prises dans leur ensemble et de loin, ces visions apocalyptiques et dystopiques peuvent facilement passer pour les manifestations des anxiétés d’une époque, la science-fiction servant en quelque sorte de réceptacle. Plutôt que les considérer de cette manière superficielle, il s’avère plus intéressant d’appréhender ces productions culturelles par les contenus symboliques qu’elles agencent et véhiculent. Si ces contenus parviennent à avoir des effets et des prolongements sociaux, c’est certes par leur audience, mais aussi par les différentes façons d’y investir du sens qu’ils peuvent susciter. Nous avons donc cherché à montrer comment ces contenus symboliques peuvent prendre sens. Car on peut considérer que des puissances d’agir sont aussi représentées dans ces récits et qu’en fonction du sens investi, elles sont susceptibles d’engendrer des types d’appréhension différents.

Ces imaginaires entrent en effet en résonance avec une conscience croissante et diffuse que les collectifs humains, même si c’est de manières différenciées, sont responsables de leur destin commun et des contextes dans lesquels ils vivent. Si des modèles ont pu être installés pour de larges collectivités, ils ne sont pas intangibles pour autant et cette gamme de récits est une façon d’en exposer la fragilité.

Une part de l’apprentissage collectif peut se jouer dans des productions culturelles et des imaginaires tels que ceux relevant de la science-fiction. Pour cela, même si la veine catastrophiste y est largement exploitée, il ne faudrait pas la réduire à un exercice consistant à imaginer les pires des mondes possibles. En ajoutant au réservoir des représentations, ce registre fictionnel peut être aussi un appui dans l’exploration du monde commun, présent et à venir.

Comme d’autres devant ces formes évolutives de descriptions apocalyptiques, on peut donc préférer les envisager sous un angle différent de celui dérivé de la mythologie religieuse : comme un moment de révélation effectivement, mais aussi comme un point de départ pour l’exploration d’une gamme nouvelle ou différente de possibilités (et non comme la fin de toutes les possibilités)[1]. Ce qui est intéressant dans cet imaginaire de l’effondrement, c’est la place restant pour un projet collectif. Dans ce qui est mis en scène transparaît un refus diffus de subir la situation catastrophique. Le propre de l’humain apparaît alors aussi sous une autre dimension : celle de ne pas éprouver passivement le monde. Même si, dans leur accumulation et leur pluralité, ils réintroduisent de l’incertitude, les récits post-apocalyptiques permettent également de remettre en visibilité des prises et des leviers d’action.

Restent certes les versions radicalement pessimistes, où tend à être décrite une humanité incapable d’apprendre de ses erreurs. Dans ce type de cas, l’avenir paraît presque plus simple, car la planète pourrait très bien survivre à l’espèce humaine. C’est-à-dire sans elle…

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[1] Dans le même sens, voir Richard Alan Northover, « Ecological Apocalypse in Margaret Atwood’s MaddAddam Trilogy », Studia Neophilologica, 2016.


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