Espérer un abri en attendant la tempête…

27 07 2015

120x160 Shelter US OKIl est devenu assez banal de pouvoir dire que dans les films, comme dans les autres productions culturelles, transparaissent souvent les préoccupations de leur époque. Take shelter, sorti en 2011, est un film vraiment intéressant qui semble se prêter plutôt bien à se type de schéma. On peut faire du film une interprétation naturaliste. Par exemple, dans la veine écocritique, sur la peur humaine face à la force des éléments naturels, ou même sur les bouleversements climatiques à venir[1]. On peut aussi en faire une interprétation plus sociale. Car le vrai sujet du film n’est pas forcément la menace de tornade qui pénètre de manière angoissante et obsessionnelle les cauchemars d’un père de famille, au point de l’amener à vouloir à tout prix réaménager l’abri enterré de la maison familiale. Le sujet central, c’est peut-être plutôt le système américain de protection sociale, sa dureté pour les plus faibles. L’abri souterrain, le « storm shelter », pourrait être pris comme une métaphore de la couverture sociale face aux risques de la vie.

Il y a une phrase terrible du frère, inquiet devant le projet de Curtis, qui résume cette conscience de la fragilité des situations des individus et des familles dans le modèle américain des dernières décennies : « Si tu baisses la garde une seule seconde, t’es foutu avec ce système économique » (« You take your eye off the ball one minute in this economy and you’re screwed »). Pas d’État social sur lequel compter en cas de coup dur. Comme la quête d’une bonne mutuelle grâce à un bon emploi, la construction de l’abri ressemble à une tentative désespérée de protéger la santé de ses proches. Si l’on a en tête les évolutions des Etats-providence[2] et la précarisation des conditions d’emploi (bref la montée de ce que Robert Castel appelait l’« insécurité sociale »[3]), le film a de quoi laisser des résonances troublantes.

________________

[1] Cf. Agnes Woolley, « “There’s a Storm Coming!”: Reading the Threat of Climate Change in Jeff Nichols’s Take Shelter », ISLE: Interdisciplinary Studies in Literature and Environment, vol. 21, n° 1, Winter 2014, pp. 174-191. URL : http://isle.oxfordjournals.org/content/21/1/174.full

[2] Voir par exemple Bruno Palier (ed.), A Long Goodbye to Bismarck? The Politics of Welfare Reform in Continental Europe, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2010.

[3] Robert Castel, L’insécurité sociale. Qu’est-ce qu’être protégé ?, Paris, Seuil, 2003.


Actions

Information

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :