Science-fiction et imaginaire écologique (épisode 2)

7 10 2012

Depuis un moment (et pas seulement depuis ma lecture critique de Julian de Robert Charles Wilson), j’ai en projet de rapprocher mes réflexions sur l’écologie et le développement durable et celles sur la science-fiction. Pour être plus précis, en fait pas tellement sur le terrain des dystopies, car il a déjà été largement parcouru et défriché. L’idée est plutôt de travailler à partir des récits non-dystopiques, en remettant au jour l’imaginaire constituant qui peut être présent dans la science-fiction lorsqu’elle aborde de manière positive les enjeux écologiques, ou ceux aujourd’hui codés en termes de « développement durable ». Ce serait une manière de prolonger les lignes d’inspiration proposées dans un article précédent (« Ce que la science-fiction pourrait apporter à la pensée politique », Raisons politiques, n° 40, novembre 2010), et de les raccorder à d’autres travaux (par exemple « “Développement durable” : du récit d’un projet commun à une nouvelle forme de futurisme ? », A contrario, n° 14, 2010).

Pourquoi une telle réflexion sur l’imaginaire de la science-fiction (l’imaginaire écologique en l’occurrence) me paraît-elle importante ? Parce que cet imaginaire est aussi un territoire où s’affrontent différentes tentatives pour l’occuper ou l’orienter. Certaines grandes entreprises ont bien commencé à voir que, dans l’occupation de ce territoire, il y avait aussi un moyen de façonner le futur. C’est pour ce genre de raison (et guère par souci de soutenir des expressions artistiques) qu’Intel, la multinationale connue pour ses microprocesseurs, soutient par exemple un programme baptisé « The Tomorrow Project ». En gros, les explorations de science-fiction y sont vues comme des espèces de prototypes de possibles développements technologiques futurs.

Forcément, dans ces exercices de créativité intellectuelle, les enjeux ne sont pas que des enjeux techniques. Même si tout cela, vu de loin, ne paraît être que spéculation, les enjeux impliqués vont au-delà. Pour rester sur les questions écologiques, un imaginaire techniciste dominé par la géo-ingénierie et la biologie synthétique n’a évidemment pas les mêmes implications qu’un autre plus sensible à des formes de sobriété conviviale moins versées dans le high tech. Pour ceux qui voudraient justement occuper le terrain et seraient tentés par la rédaction d’une nouvelle en anglais, il y a d’ailleurs en cours un concours baptisé « Green Dreams », organisé sous l’égide de la branche américaine de ce « Tomorrow Project ».

Sur ce croisement entre écologie et science-fiction, d’autres réflexions avancent aussi dans le monde académique, par exemple à la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable de l’UQAM, l’Université du Québec à Montréal (Cf. Corinne Gendron, René Audet et Bernard Girard, « Thinking post-ecological societies with science-fiction », Les cahiers de la CRSDD • collection recherche, No 09-2012). Le terme « post-écologique » me gêne un peu, mais les pistes sont intéressantes.

De mon côté, la rédaction sur ces aspects essaye de trouver une place parmi d’autres textes en cours. Reste en effet à trouver le temps. Ou la machine à rallonger les journées, mais ce genre d’invention, ça doit être ce qu’on appelle de la science-fiction.


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3 responses

7 10 2012
zelectron

En SF l’écologie c’est effectivement et dès l’origine un thème entremêlé de bien d’autres mais très vivace; mais d’autres romanciers n’en ont cure, aujourd’hui un monstre ou deux, quelques garçons et filles, un navire spatial et une intrigue d’une niaiserie affligeante et hop le tour est joué. Ah, j’oubliais un ou plusieurs éléments choquants (et même révulsants pendant que nous y sommes) saupoudré d’incompréhensibles borborygmes constituent les trames des soit disant ouvrages de SF de nos jours. Pour ma part j’ai cessé d’en lire depuis les années 2000 car au lieu de 1 sur 5 à la grande époque (sur 3000 lus et 15000 laissées de coté de à partir de1955) aujourd’hui ce sont 1 sur 20 qui peuvent être considérés comme originaux et de qualité.

24 10 2012
The Global Sociology Blog - Eco-Fiction Rising

[…] as Rumpala asks on his blog, does the post-oil age doom us to dystopian futures? Is there no collective, ecological imaginary […]

3 09 2014
La science-fiction pour « habiter les mondes en préparation ». Entretien avec Yannick Rumpala, maître de conférence en sciences politiques — [pop-up] urbain

[…] à nos yeux qu’il ne pouvait être que rattaché aux questions de prospective urbaine : imaginaires SF et politiques écologiques occupent l’un des doublets passionnants manipulés par Yannick Rumpala. C’est donc sur […]

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