Mesurer le « développement durable » ?

16 09 2009

Comment être sûr que le « progrès » affiché en est vraiment un et ne se paye pas par divers désagréments ? C’est une des manières d’interpréter les travaux de la « Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi », à l’issue desquels un rapport « sur la mesure des performances économiques et du progrès social » a été remis au Président de la République le 14 septembre dernier. Ces travaux donnent une forme de consécration institutionnelle aux interrogations montantes sur les manières de mesurer la « richesse » et sur les biais induits par la focalisation sur le PIB (produit intérieur brut). De fait, le PIB n’est pas le seul indicateur possible et les initiatives se sont multipliées pour essayer de trouver d’autres solutions de mesure moins unilatérales.

La montée de la problématique du « développement durable » a aussi engendré son lot d’indicateurs essayant de donner une incarnation chiffrée à cette perspective censée être plus attentive aux limites écologiques de la planète. L’enjeu est aussi de connaître l’état du monde et de vérifier qu’il s’achemine vers le mieux. Hasard de l’actualité, ce type de question est l’objet d’un article que j’avais rédigé il y a quelques mois et qui vient de paraître dans la revue Histoire et mesure (vol. XXIV, n° 1, 2009). L’idée de l’article était d’éclairer et d’analyser dans quelles dynamiques et logiques se trouvent les dispositifs de mesure par lesquels les systèmes de gouvernement appréhendent un monde censé évoluer vers la « durabilité ».

La question de la mesure n’est jamais réductible à une simple question technique : elle est éminemment politique. À nouveau, il n’est pas anodin que la « Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi » (comme d’autres d’ailleurs) soit ultra-majoritairement composée d’économistes (avec très peu de femmes de surcroît). Sont en effet en jeu des visions du monde et il est plus qu’utile de regarder avec attention comment les principales visions sont construites et légitimées. Les instruments qui visent à connaître le monde, notamment ceux qui passent par la mesure et la quantification, ne sont jamais neutres et il vaut mieux savoir les intentions et les valeurs qui les sous-tendent, les représentations qu’ils véhiculent, les utilisations dans lesquelles ils rentrent.

L’article mentionné, intitulé « Mesurer le « développement durable » pour aider à le réaliser ? La mise en indicateurs entre appareillage de connaissance et technologie d’accompagnement du changement », peut être récupéré ici ou ici.


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3 responses

10 10 2009
Michel MARTIN

En marge de la commission maintenant dissoute puisqu’elle a rendu son rapport, le collectif FAIR (http://fr.wikipedia.org/wiki/Forum_pour_d%27autres_indicateurs_de_richesse) poursuit une réflexion et des propositions d’indicateurs alternatifs. On est un peu désorientés en ce moment et cette recherche de boussole est la bienvenue.
Je me suis laissé aller à proposer un indicateur généraliste que j’ai appelé le PIBED (PIB équitable et durable) qui a été commenté assez positivement par un des spécialistes français de cette question qui se montre très ouvert à la discussion (jean GADREY) http://solidariteliberale.hautetfort.com/archive/2008/06/27/pib-et-idde.html

11 10 2009
YR

On peut trouver effectivement des réflexions intéressantes du côté du collectif FAIR (Forum pour d’autres indicateurs de richesse), dans lequel on retrouve en fait des chercheurs bien connus sur ce type de thématique.
Pour le reste, je reste très réservé sur ce type d’indicateur fonctionnant à ce niveau d’agrégation, a fortiori si l’utilité principale devient de comparer des « performances » entre pays.

11 10 2009
Michel MARTIN

La comparaison n’est sans doute pas l’essentiel, mais je ne vois pas comment y échapper. Ce qui me semble plus intéressant, c’est de tenter de redonner un contenu un peu moins désespérant au progrès et à la démocratie. Si on échoue, je crois que notre civilisation va s’écrouler.
Si on réussit, je me demande bien si la population mondiale va gentiment se stabiliser vers les 8 ou 9 milliards, ou bien si tous les gains de durabilité ne vont pas être tout de suite consommés par un surcroît de population. A suivre.

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