« Identité nationale » : un débat en retard d’une époque ?

14 11 2009

Probable. Les responsables gouvernementaux qui ont eu l’idée du « Grand débat sur l’identité nationale » et qui l’ont lancé n’ont pas encore réalisé que notre époque était celle de la « modernité liquide », pour parler comme Zygmunt Bauman, à qui l’on doit ce concept (Cf. Liquid Modernity, Polity, 2007). Ils sont encore dans l’époque précédente, celle où persistait une forme « solide » de modernité, avec des identités pouvant disposer de référents plus stables. Ces mêmes responsables n’ont pas conscience que les politiques qu’ils promeuvent, notamment au plan économique, confortent cette « liquidité » en accentuant les incertitudes individuelles, sous forme de précarités, de mobilités imposées, et de pertes de sens, et que cette promotion de l’« identité nationale » ne pourra pas constituer une bouée de sauvetage pour des vies de plus en plus ballottées au gré des flux et reflux d’une économie globalisée.

De fait, l’opération gouvernementale apparaît davantage comme une tentative pour raccrocher la population à des mythes, réélaborés sous forme de mises en scène d’une matière historique sélectionnée. Mais elle ne voit pas que, dans la modernité « liquide », la temporalité de référence s’avère de moins en moins celle de la longue durée. La cohérence de l’opération a plutôt à voir avec une offre de substituts essayant de travailler le collectif sur une espèce de sentiment de sécurité, dans une rationalité qui fait écho à d’autres récentes politiques (en matière pénale et en matière d’« immigration » notamment).

Bauman - Le présent liquideC’est sur ces convergences que les réflexions de Zygmunt Bauman peuvent être éclairantes. Elles commencent heureusement à être accessibles en français et, en première approche, on peut renvoyer à la lecture d’un petit ouvrage de cette grande figure de la sociologie, découverte sur le tard en France : Le présent liquide. Peurs sociales et obsession sécuritaire (Seuil, 2007). D’une certaine manière, le titre indique bien cette situation qu’il faut désormais prendre en compte pour penser la manière de vivre ensemble. Et on peut ensuite poursuivre la réflexion par la lecture d’autres livres de l’auteur.

 





Contre les raccourcis journalistiques : un complément au débat

7 02 2009

La Revue d’histoire moderne et contemporaine a sorti fin 2008 en supplément un intéressant numéro (n° 55 – 4bis) sur “La fièvre de l’évaluation” dans le monde de la recherche et des universités. Il est toujours utile en effet de resituer des évolutions dans leur profondeur historique et l’on aimerait que les commentateurs médiatiques fassent plus souvent cet effort pour éviter les raccourcis, approximations et erreurs grossières (comme l’ont montré certaines tribunes sur le mouvement des enseignants-chercheurs).

Revue d'histoire moderne et contemporaine n° 55 - 4bis

 

 

 

 

 

 

 

 

Ci-dessous, le sommaire du numéro, accessible pour ceux qui peuvent passer par le portail cairn.

 

Introduction

Origines et conséquences de l’évaluation dans l’université

Jean-Yves MERINDOL, Comment l’évaluation est arrivée dans les universités françaises

Isabelle BRUNO, La recherche scientifique au crible du benchmarking. Petite histoire d’une technologie de gouvernement

Sandrine GARCIA, L’évaluation des enseignements : une révolution invisible

La bibliométrie en débat

Ghislaine FILLIATREAU, Bibliométrie et évaluation en sciences humaines et sociales

Yves GINGRAS, Du mauvais usage de faux indicateurs

L’organisation de la recherche en France

Christophe CHARLE, L’organisation de la recherche en sciences sociales depuis 1945 : quelques repères pour un état des lieux








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