Probable. Les responsables gouvernementaux qui ont eu l’idée du « Grand débat sur l’identité nationale » et qui l’ont lancé n’ont pas encore réalisé que notre époque était celle de la « modernité liquide », pour parler comme Zygmunt Bauman, à qui l’on doit ce concept (Cf. Liquid Modernity, Polity, 2007). Ils sont encore dans l’époque précédente, celle où persistait une forme « solide » de modernité, avec des identités pouvant disposer de référents plus stables. Ces mêmes responsables n’ont pas conscience que les politiques qu’ils promeuvent, notamment au plan économique, confortent cette « liquidité » en accentuant les incertitudes individuelles, sous forme de précarités, de mobilités imposées, et de pertes de sens, et que cette promotion de l’« identité nationale » ne pourra pas constituer une bouée de sauvetage pour des vies de plus en plus ballottées au gré des flux et reflux d’une économie globalisée.
De fait, l’opération gouvernementale apparaît davantage comme une tentative pour raccrocher la population à des mythes, réélaborés sous forme de mises en scène d’une matière historique sélectionnée. Mais elle ne voit pas que, dans la modernité « liquide », la temporalité de référence s’avère de moins en moins celle de la longue durée. La cohérence de l’opération a plutôt à voir avec une offre de substituts essayant de travailler le collectif sur une espèce de sentiment de sécurité, dans une rationalité qui fait écho à d’autres récentes politiques (en matière pénale et en matière d’« immigration » notamment).
C’est sur ces convergences que les réflexions de Zygmunt Bauman peuvent être éclairantes. Elles commencent heureusement à être accessibles en français et, en première approche, on peut renvoyer à la lecture d’un petit ouvrage de cette grande figure de la sociologie, découverte sur le tard en France : Le présent liquide. Peurs sociales et obsession sécuritaire (Seuil, 2007). D’une certaine manière, le titre indique bien cette situation qu’il faut désormais prendre en compte pour penser la manière de vivre ensemble. Et on peut ensuite poursuivre la réflexion par la lecture d’autres livres de l’auteur.


