Confirmation de tendance

5 12 2008

 

Création le 1er décembre dernier d’un Conseil économique pour le développement durable. L’organe, placé auprès du ministre chargé du développement durable, est censé « éclairer, par la confrontation des analyses économiques, l’élaboration et l’évaluation des politiques du ministère en permettant aux services compétents de s’appuyer sur les références scientifiques, les méthodes d’évaluation et les instruments d’intervention publique les plus récents ». Il pourra aussi réaliser « à la demande du ministre chargé du développement durable, des études et recherches concernant les perspectives et les enjeux de ces politiques, du point de vue économique et du développement durable » (Décret n° 2008-1250 du 1er décembre 2008, Art. 2).

 

Ce genre d’événement, peu visible, apparemment anodin, voire purement technocratique, peut être malgré tout révélateur du centre de gravité vers lequel se déplace le traitement des enjeux environnementaux. Question (faussement) naïve : aurait-on pu imaginer un Conseil sociologique pour le développement durable ou un Conseil géographique pour le développement durable (par exemple) ?

 

Quelques éclairages sur l’économisation des enjeux environnementaux et son influence sur la problématique du « développement durable » :

 

- « Expertise économique et gestion publique des problèmes environnementaux : mobilisation et utilisation d’un savoir particulier dans un champ de l’univers politico-administratif français »,

article paru dans L’Année de la régulation, N° 8, 2004-2005.

=> Télécharger l’article

 

- Régulation publique et environnement. Questions écologiques, réponses économiques,

   Paris, L’Harmattan, collection “Logiques politiques”, 2003.

=> Voir une présentation ou un aperçu de l’introduction

 





Changement d’époque ?

15 10 2008

C’est la question qui tend souvent à émerger de l’écume médiatique à propos de la « crise financière » actuelle. Certains commentateurs annoncent ou espèrent une évolution fondamentale du « capitalisme ». Comme si l’ordre idéologique jusque-là dominant allait pouvoir être remis en cause… Et si se confirmait plutôt un agencement qu’avait déjà signalé le philosophe allemand Jürgen HABERMAS et qu’il avait essayé d’analyser : celui de l’entrée de l’économie capitaliste et de l’Etat « dans un rapport de complémentarité fonctionnelle et de stabilisation mutuelle » (Cf. Théorie de l’agir communicationnel, Tome 2, Fayard, 1987, p. 348 et passim) ? À bien y regarder, la tendance resterait donc en fait à l’imbrication croissante d’un véritable complexe institutionnel, comme le montrent les « plans de sauvetage » mis en place (au demeurant assortis de conditions relativement faibles en direction des opérateurs financiers privés). Ce complexe institutionnel a peut-être subi une forte secousse, mais dévie-t-il pour autant de l’orientation profonde engagée auparavant ?

À un autre niveau d’analyse, ce que l’épisode révèle aussi un peu plus, c’est que les catégories d’« Etat » et de « marché » ne sont probablement plus pertinentes, a fortiori dans la traditionnelle opposition qui les met couramment en scène. Ce qui veut dire par la même occasion qu’il y aurait une importante réflexion à poursuivre sur la reconfiguration du « politique », catégorie qui pour le coup mériterait peut-être elle-même d’être également retravaillée. Et puis resterait enfin une lourde question pour remonter à la racine de cette « crise financière » : pourquoi les exigences de rentabilité financière se sont-elles dramatiquement durcies dans les deux dernières décennies ?








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