Sur la « décroissance » et ses conditions (2) : comprendre les pratiques

18 04 2010

Dans le précédent billet, j’avais commencé à signaler ce qu’un projet de « décroissance » demandait comme réflexions supplémentaires pour quitter le registre du slogan simplificateur et gagner éventuellement en consistance sociologique. Comme je l’expliquais déjà dans un autre article, le deuxième terrain important à prendre en compte est celui des pratiques. Prétendre faire évoluer les pratiques suppose là aussi de retrouver les déterminants de ces pratiques[1], de les disséquer pour pouvoir démêler les facteurs entretenant les logiques de consommation, de production et d’accumulation[2]. C’est pour cela qu’un projet de transformation sociale à vocation écologique peut avoir intérêt à replacer l’attention sur les usages des biens et certains déterminants des conditions de vie.

Dans ses réflexions qui accompagnent celles sur la « décroissance », Paul Ariès, l’un des théoriciens de ce courant, se rapproche de cet angle d’analyse sur les pratiques. Il met en effet en avant la nécessité de lutter contre ce qu’il appelle le « mésusage » (par exemple les produits jetables, « hors-sol », etc.), notamment en faisant en sorte que ce « mésusage » soit rendu plus coûteux (par exemple en faisant payer plus cher l’eau utilisée pour remplir une piscine privée)[3]. Pour lui, c’est l’individu dans son rôle d’usager qui doit être privilégié, plutôt que son rabaissement à une simple position de consommateur de produits. Dans cette perspective, l’idée serait de garder une forme de maîtrise sur les biens consommés et de donner à chacun la possibilité de se réapproprier les usages, ce qui peut notamment passer par des expériences associatives, communautaires ou locales (comme dans le cas des jardins partagés).

Une gamme de travaux sociologiques sur la consommation s’est effectivement développée en montrant l’importance de relier les biens à leurs usages concrets, soulignant ainsi que l‘évolution de ces usages dépend des représentations, des significations sociales, qui sont attachées à ces biens, et des déterminants culturels et économiques dans lesquels ils s’inscrivent[4]. En remontant aux facteurs influençant les pratiques, ces travaux de chercheurs pourraient servir d’appui aux propositions qui essayent de ralentir le rythme de renouvellement des marchandises, voire aideraient à ne pas céder trop rapidement à l’argument selon lequel tout nouveau produit est forcément plus éco-efficace. La durée de vie moyenne des produits est d’ailleurs une variable qui suscite des réflexions dans les milieux scientifiques et professionnels, notamment parce que permettre une plus grande longévité peut se traduire par des effets environnementaux positifs, tant du point de vue de la consommation de matières que pour le traitement des déchets[5]. Stephen Graham et Nigel Thrift ont aussi souligné que les questions de réparation et de maintenance pouvaient être des enjeux politiques, car les processus correspondants peuvent être réalisés de manière plus ou moins attentive et plus ou moins efficace[6]. Rassemblés, ces différents leviers d’action (usages, durée, entretien et maintenance des produits) pourraient au final participer à une éthique du non-gaspillage.

S’il s’agit d’appuyer une dynamique de « décroissance », la réorientation des usages peut au surplus demander de faire évoluer le rapport à la propriété, notamment parce que celle-ci tend à fonctionner comme un élément d’enfermement dans les trajectoires de développement héritées du système économique dominant[7]. Là aussi, des alternatives et des sources d’inspiration peuvent être trouvées dans des formes de mise en commun, comme les pratiques de peer-to-peer[8].

La réduction du temps de travail peut être prise comme un facteur supplémentaire facilitant de telles évolutions. L’utilisation des gains de productivité peut être réorientée vers d’autres objectifs sociaux que ceux accompagnant les systèmes productivistes et consuméristes. Certaines modélisations montrent même des effets positifs en termes d’empreinte écologique[9]. La réduction du temps de travail peut dégager du temps individuel, mais elle doit être assurée par des évolutions favorables des systèmes économique et institutionnel[10], en particulier s’il s’agit de favoriser des formes d’expression personnelles qui ne soient pas complètement absorbées par la consommation.


[1] Sur la nécessité de comprendre comment des routines s’installent à partir de l’entrée de certaines technologies dans les foyers, voir par exemple Kirsten Gram-Hanssen, « Consuming technologies – developing routines », Journal of Cleaner Production, vol. 16, n° 11, July 2008, pp. 1181-1189.

[2] Sachant que le sujet ouvrira forcément des discussions sur les variables à privilégier. Pour un effort de repérage de ces variables, voir par exemple Inge Røpke, « The dynamics of willingness to consume », Ecological Economics, vol. 28, n° 3, March 1999, pp. 399-420.

[3] Paul Ariès, Le mésusage. Essai sur l’hypercapitalisme, Lyon, Parangon/Vs, 2007.

[4] Voir par exemple les travaux d’Elizabeth Shove (comme Comfort, Cleanliness and Convenience. The Social Organization of Normality, Oxford, Berg Publishers, 2003).

[5] Voir par exemple Tim Cooper, « Slower Consumption: Reflections on Product Life Spans and the “Throwaway Society” », Journal of Industrial Ecology, vol. 9, n° 1-2, Winter/Spring 2005, pp. 51-67.

[6] Cf. Stephen Graham, Nigel Thrift, « Out of Order. Understanding Repair and Maintenance », Theory, Culture & Society, vol. 24, n° 3, 2007, pp. 1-25.

[7] Cf. Pascal van Griethuysen, « Why are we growth-addicted? The hard way towards degrowth in the involutionary western development path », Journal of Cleaner Production, vol. 18, n° 6, April 2010, pp. 590-595.

[8] Cf. Michel Bauwens, « The Political Economy of Peer Production », CTheory, 12/1/2005.

[9] Cf. Anders Hayden, John M. Shandra, « Hours of work and the ecological footprint of nations: an exploratory analysis », Local Environment, vol. 14, n° 6, July 2009, pp. 575-600.

[10] Pour une analyse de ce type, voir Juliet B. Schor, « Sustainable Consumption and Worktime Reduction », Journal of Industrial Ecology, vol. 9, n° 1-2, pp. 37-50.





Sur les conditions de la « décroissance »

10 04 2010

L’idée de « décroissance » commence à susciter de plus en plus de débats, notamment parce qu’elle arrive à un moment où le système économique montre plus que jamais ses faiblesses et qu’elle porte les critiques jusque dans ses principes mêmes. Si on prend soin de ne pas la confondre avec le qualificatif de « récession », réfléchir sur cette idée s’avère très intéressant, parce que son positionnement à contre-courant montre les difficultés à lui trouver des bases et des appuis dans les configurations sociales et institutionnelles actuellement dominantes. De grosses difficultés même, bien que les limites écologiques de la planète paraissent de plus en plus perceptibles. C’est aussi pour cette raison que j’avais essayé de souligner que le projet de « décroissance » avait, au plan intellectuel, encore un gros travail de défrichage à faire, tant pouvaient être nombreux les obstacles sur ce chemin (Cf. « La décroissance soutenable face à la question du « comment ? ». Une remise en perspective par les processus de transition et leurs conditions de réalisation », Mouvements, n° 59, juillet-septembre 2009, article disponible sous format revue ou directement en ligne).

Besoins, désirs, valeurs,  intérêts, c’est en effet dans cet enchevêtrement que l’objectif de « décroissance » doit pouvoir trouver des ancrages pour devenir crédible. Sur ce plan, les réflexions sur la « décroissance » avancent, sont portées dans le champ politique (y compris sur le terrain électoral), mais elles doivent encore travailler le rapport que peuvent entretenir ces facteurs et variables avec le changement collectif souhaité.

De fait, le projet de « décroissance » pousse un cran plus loin que celui de « développement durable », plus consensuel dans sa formulation la plus générale. « Décroître » signifie a priori qu’il s’agit de favoriser dans les processus sociaux ceux qui peuvent contribuer à ne plus alimenter l’imaginaire dominant du « toujours plus ». C’est pouvoir laisser jouer ce qu’André Gorz appelait la « norme du suffisant », dont il a montré l’érosion du fait de l’expansion capitaliste et la cascade d’effets insidieux qui en a résulté. C’est, de manière individuelle et collective, remettre ensemble le niveau de satisfaction et le rapport au travail, de sorte que les aspirations vitales puissent trouver des formes d’expression échappant à l’obsession de l’efficacité économique[1].

La question reste de savoir quels ancrages sociaux ce type de norme alternative peut encore trouver. Or, tout un ensemble de réactions montre que les consommateurs ne sont pas forcément imperméables à des considérations éthiques, qui peuvent effectivement aller jusqu’au choix de la « simplicité volontaire »[2]. Favoriser la réflexivité des consommateurs peut être un moyen de faire perdre au système économique son apparente naturalité. Les actes de consommation peuvent intégrer de nouvelles dimensions réflexives lorsque certains de leurs effets sont mis en lumière et bénéficient de larges publicisations. Une logique de « décroissance » supposerait que cette réflexivité puisse être poussée relativement loin. S’expriment déjà des formes plurielles de résistances pas forcément visibles ou bruyantes[3]. Les professionnels du marketing sont conscients de ce qui est pour eux un problème, puisqu’ils travaillent sur ces phénomènes de résistance du consommateur[4]. Le sociologue américain Stephen Zavestoski avait noté que l’immersion dans la société de consommation pouvait engendrer un stress socio-psychologique et éloignait plutôt d’un sens de l’authenticité. C’est ce manque, impossible selon lui à compenser par la consommation, qui peut favoriser un processus individuel d’introspection aboutissant justement à des attitudes anti-consommation et tentant de trouver un remède au sentiment d’insatisfaction[5].

Mais, si cette réflexivité existe sous des formes plus ou moins développées au niveau individuel, il reste à savoir jusqu’à quel point elle peut être cumulative et comment cela pourrait nourrir une dynamique collective. De fait, le flux permanent d’achats sur lequel repose la croissance économique est entretenu par une exploitation rationalisée et puissante des désirs. Compte tenu de la position asymétrique dans laquelle se retrouve le consommateur face à une telle machinerie, la réflexion du sociologue anglo-polonais Zygmunt Bauman permet d’une certaine manière de rappeler que les préoccupations éthiques ne peuvent être défendues au seul niveau individuel, mais qu’elles doivent être aussi soutenues sous des formes collectives[6]. L’assise sociale d’un mouvement comme celui de la « simplicité volontaire » pourrait être plus importante s’il était complété par d’autres efforts pour déplacer les critères de rationalité et les faire revenir vers des bases plus écologiquement et socialement responsables. Il peut y avoir des convergences avec des voies explorées de manière théorique et pragmatique, comme celles au croisement du don et de la gratuité[7], surtout si certains biens peuvent être mis en commun et partagés. Les activités en peer-to-peer se rapprochent de ce type d’imaginaire et peuvent même contribuer à le diffuser si elles ne sont plus réservées aux échanges de fichiers informatiques[8]. Restera à voir si ces rapprochements pourront se développer pour produire des transformations plus larges.


[1] Cf. André Gorz, « L’écologie politique entre expertocratie et autolimitation », Actuel Marx, n° 12, 2e semestre 1992.

[2] Cf. Deirdre Shaw, Terry Newholm, « Voluntary simplicity and the ethics of consumption », Psychology and Marketing, vol. 19, n° 2, pp. 167-185.

[3] Cf. Dominique Roux, « Résistance du consommateur : un état de l’art sur les formes de réponses adverses au marché et aux firmes », Actes du 4ème Congrès International des Tendances du Marketing, Paris, 2005.

[4] Comme en témoigne le numéro spécial consacré au phénomène d’anti-consommation par le Journal of Business Research en février 2009 (vol. 62, n° 2).

[5] Cf. Stephen Zavestoski, « The social-psychological bases of anticonsumption attitudes », Psychology and Marketing, vol. 19, n° 2, pp. 149-165.

[6] Cf. Zygmunt Bauman, L’éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs ?, Paris, Climats, 2008.

[7] Cf. Jacques T. Godbout en collaboration avec Alain Caillé, L’esprit du don, Paris, La Découverte / Poche, 2000 ; Jacques Godbout, Le don, la dette et l’identité. Homo donator vs. homo oeconomicus, Paris, La Découverte / MAUSS, 2000 ; Viv(r)e la gratuité ! Une issue au capitalisme vert, sous la direction de Paul Ariès, Villeurbanne, Éd. Golias, 2009.

[8] Pour une vision en ce sens, voir par exemple Michel Bauwens, Rémi Sussan, « Le peer to peer : nouvelle formation sociale, nouveau modèle civilisationnel », Revue du MAUSS semestrielle, n° 26, 2005, pp. 193-210.





Autre monde, autres réseaux ?

10 03 2010

Quels leviers reste-t-il encore aujourd’hui pour les projets de transformation sociale, notamment ceux qui affirment qu’« un autre monde est possible » ? Question difficile, car l’époque semble être davantage aux doutes et aux désorientations. Construire une alternative politique suppose en effet de retrouver des prises sur notre monde et son évolution. Malheureusement, un certain fatalisme peut conduire à penser que les forces et dynamiques en jeu sont quasiment devenues insaisissables, notamment celles qui sous-tendraient la lame de fond de la « globalisation ».

De ce point de vue, les attentes de renouvellement théorique et pratique sont donc fortes. Dans un article paru en 2007 dans la revue Raison publique (« La connaissance et la praxis des réseaux comme projet politique »), j’avais essayé de voir dans quelle mesure une pensée et une praxis des réseaux pouvaient fournir une forme de secours. La proposition, avec les outils de la philosophie politique et des sciences sociales, visait plus précisément à tester s’il pouvait y avoir là, dans cette pensée des réseaux, un moyen de reconstruire un projet politique adapté aux configurations contemporaines.

Si notre monde devient un monde de réseaux (comme nombre d’analyses tendent à le confirmer), il faut en effet le saisir avec des outils du même ordre. Et c’est seulement après ce travail qu’il devient possible de réfléchir plus sérieusement à un « autre monde possible ». Pour prendre un exemple emblématique, Toni Negri, un des théoriciens actuellement influents dans la pensée radicale, évoque le rôle des réseaux et les formes de pouvoir qui en découlent, mais il ne pousse pas la réflexion autant qu’il le pourrait. Selon son analyse, le vaste appareil de gouvernement qui s’est installé et qu’il appelle « l’Empire » (notamment dans le livre du même nom) serait d’autant plus difficile à contrecarrer qu’il s’avérerait expansif, enveloppant, décentralisé et déterritorialisé. Et, si on continue à suivre ce type de perspective, ce serait dans et par les « multitudes » que de nouvelles formes de résistance devraient être amenées à se développer. Sauf qu’on peut aussi considérer que la construction d’une alternative politique n’a guère avancé si ces nouveaux réseaux de pouvoir restent dans une appréhension abstraite, lointaine et nébuleuse. Ces réseaux, comme je le proposais, il faudrait faire l’effort d’essayer de les tracer véritablement, pour au moins commencer à donner les voies permettant d’en sortir ou éventuellement de les reconfigurer, et c’est ensuite qu’il serait possible de fournir des bases aidant à reconstruire un véritable projet politique.

Certes, la tendance de l’époque paraît déjà être à vouloir tout tracer. Mais ce n’est pas tellement ce penchant à la surveillance et au contrôle disciplinaire qu’il s’agit d’encourager. À rebours de cette tendance, l’enjeu serait plutôt de faire en sorte que ce traçage généralisé des réseaux garde un potentiel émancipateur, donc surtout ne conduise pas à une dérive sous forme d’instrumentalisation policière ou autoritaire.

L’article, qui esquisse en trois étapes les grandes lignes d’un tel projet, est désormais accessible directement en ligne sur le site de la très dynamique et souvent très stimulante revue Raison publique.





Le changement social comme motif sous-jacent de la science-fiction

17 07 2009

Vu leur diversité, il pourrait paraître hasardeux de verser l’ensemble des récits de science-fiction dans une unité thématique. Pourtant, de manière plus ou moins directe, ces récits et les descriptions qui les tissent semblent tourner autour d’une question : celle du changement social. Pour résumer, on peut dire que la science-fiction est une forme de questionnement sur le grand récit du Progrès. Elle constitue un flux d’interrogations sur l’au-delà de la « modernité »[1]. Si l’on revient à ce qui nourrit fondamentalement ces productions fictionnelles, le principal matériau travaillé se révèle être en effet la façon dont l’humanité change du fait de ce qu’elle produit. Ce qui est aussi une manière de poser la question des conditions de maîtrise de ce changement. Même si elle n’est pas forcément la plus apparente, la dimension politique est donc loin d’être absente.

 

            – La remise en visibilité des forces du changement social

En passant par la forme romancée, le travail narratif permet de remettre en visibilité les forces qui animent le changement social. La science-fiction est par exemple une manière de s’intéresser à ce qui se prépare dans les laboratoires, mais d’une façon différente de la vulgarisation scientifique. Le registre fictionnel peut d’ailleurs faire écho à des préoccupations montantes quant aux effets de certaines avancées technoscientifiques. Au début des années 1980, l’américain Greg Bear s’est ainsi saisi du thème des bio-puces pour en faire le sujet d’un de ses romans : La musique du sang[2]. L’histoire est celle d’un généticien travaillant sur des sortes d’ordinateurs vivants de la taille d’une cellule. Découvrant qu’une partie de ses recherches s’avère en fait plutôt personnelles, son laboratoire décide de le renvoyer. Le « héros » choisit donc de s’injecter le résultat de son travail en espérant pouvoir le récupérer par la suite. Mais ces cellules vont se multiplier, prendre leurs propres orientations, coloniser et remodeler le corps de leur hôte, jusqu’à aller au-delà…

Sans que les événements soient survenus,  la voie fictionnelle permet d’agencer des hypothèses de changement et de déployer, de manière plus ou moins continue, une chaîne de conséquences imaginables. À défaut de pouvoir prédire assurément des effets dans la réalité, elle donne un cadre d’expérimentation pour  évaluer ce que pourraient être les répercussions techniques et sociales des nouvelles technologies. C’est ce que la littérature plus ou moins proche du courant cyberpunk fait avec les nanotechnologies, en leur attribuant souvent ce pouvoir de changement. Abordant ces dernières dans une perspective à la frontière de l’histoire culturelle et de l’analyse littéraire, Sylvie Catellin prend comme exemple L’âge de diamant (The Diamond Age) de Neal Stephenson, qui peut être vu effectivement comme un « roman-monde, dans lequel la nanotechnologie omniprésente a redessiné la civilisation, la géographie politique, la vie quotidienne et les relations humaines dans leurs multiples dimensions »[3]. Tous ces changements insérés dans l’intrigue peuvent être pris comme autant de pistes de questionnement, précisément sur les formes que pourrait prendre ce nouvel âge où l’humanité aurait la capacité de manipuler les atomes et donc de façonner la structure minérale la plus dure, pour reprendre l’image de Neal Stephenson qui pousse en effet loin la métamorphose sociale.

D’une certaine manière, la science-fiction prend aussi acte de l’imbrication des enjeux technoscientifiques et des enjeux sociopolitiques. Ce n’est pas pour rien que, dans le courant cyberpunk notamment, la ville est souvent prise comme lieu révélateur, comme cadre de la concentration des transformations sociales[4]. Que serait une planète où l’espace serait devenu majoritairement urbain ? Les relations sociales en seraient-elles affectées ? Corps et machines finiraient-ils combinés tant au plan individuel qu’à l’échelle du collectif ? Est-ce la simple extrapolation d’un réel dans lequel les villes semblent de plus en plus devenir des hybrides d’organismes et d’artefacts, interconnectés dans et par des systèmes techniques[5] ?

 

            – Une interrogation sur la maîtrise des fonctionnements sociaux

La question du changement social appelle presque logiquement celle de sa maîtrise et l’on retrouve effectivement cet enjeu corrélatif dans nombre d’œuvres majeures. C’est le cœur du cycle de Fondation, série de livres rédigés par Isaac Asimov, d’abord dans les années 1940 puis dans les années 1980. Partant de l’enjeu de la restauration d’une civilisation galactique en déclin, l’argument narratif est notamment bâti autour d’une science novatrice, la « psychohistoire », dont la vocation est de prévoir et même d’organiser les évolutions sociales à large échelle (interplanétaire en l’occurrence), en s’appuyant sur des outils mathématiques et psychosociologiques très poussés. De manière subtile, les différents volumes permettent de poser de stimulantes questions sur les possibilités de modéliser les multiples actions des groupes humains et de les orienter en fonction de plans établis à l’avance.

D’autres univers fictionnels montrent les difficultés des sociétés futures à s’adapter à leurs propres productions. Les univers mis en scène dans le courant cyberpunk sont une manière de questionner le rôle des nouvelles technologies dans les évolutions sociales. Ces fictions d’un futur saturé de technologies électroniques fonctionnent aussi comme des interrogations sur les nouveaux dispositifs de surveillance, de contrôle et de manipulation, rendus possibles par les évolutions technologiques.

En étirant certaines lignes d’évolutions sociales, ces productions fictionnelles questionnent aussi la possibilité de trouver des prises sur les déterminants plus ou moins repérables de ces évolutions. Que faire avec la science et la technique si on ne sait pas où elles peuvent conduire et dans quelle mesure leurs orientations pourraient être maîtrisables ? Expérimenter par des voies imaginaires les évolutions possibles des collectivités humaines peut ainsi aboutir à composer d’autres formes de questionnement sur les modes de régulation de ces collectivités, et donc à mettre aussi le politique en situation expérimentale.

 

            – Un regard sur les lieux du politique et la nature du pouvoir

Par les mondes qu’elles mettent en scène, les œuvres de science-fiction touchent forcément au politique, même si, là aussi, c’est de manière plus ou moins directe. En dépaysant les représentations, elles peuvent offrir de nouveaux cadres, plus prospectifs, aux réflexions sur le pouvoir. Les fictions qui ont placé leurs protagonistes dans des univers numériques ont aussi été une façon de montrer que ces univers, fussent-ils « virtuels », n’étaient pas exempts de relations de pouvoirs. Le courant cyberpunk a justement contribué à décrire le « cyberespace » comme un terrain de lutte et un enjeu de pouvoir. Dans les visions produites, la maîtrise de ce « cyberespace » devient une nouvelle forme de pouvoir. Dans les récits de la mouvance cyberpunk, le pouvoir véritable est souvent attribué à de vastes organisations économiques multinationales, dont l’influence tient notamment à leur capacité à contrôler les flux d’informations. Dans les représentations proposées, les dissidences semblent atomisées et condamnées à se réfugier dans des sous-cultures urbaines aux activités souvent interlopes.

La science-fiction peut être aussi une manière de questionner les logiques de puissance et les formes de conflit dans des lieux qui ne sont plus simplement terrestres[6]. Avec le « space opera », sous-genre déplaçant les récits d’aventure vers des horizons interplanétaires, elle a de fait exploré relativement tôt la militarisation de l’espace. Elle signale ainsi à sa manière que le déploiement de nouvelles armes sur de nouveaux champs de bataille peut effectivement soulever des enjeux originaux, notamment en termes d’intensité technologique. Et, dans des relations en forme d’allers-retours presque constants, cette imagination fictionnelle est d’ailleurs loin d’être sans influence sur les développements technologiques en matière militaire, même jusque dans les choix politiques et scientifiques qui les soutiennent (l’exemple le plus évident étant le programme « Star Wars » soutenu par Ronald Reagan)[7].

 


[1] Ce n’est pas pour rien que Fredric Jameson, un des analystes majeurs du « post-modernisme », s’est intéressé à la science-fiction. Voir par exemple Fredric Jameson, Archéologies du Futur. Le désir nommé utopie, Paris, Max Milo Editions, 2007.

[2] Paris, Galimmard / Folio SF, 2005 (Blood Music, New York, Arbor House, 1985). Pour des éléments d’interprétation, voir Jérôme Goffette, « De Claude Bernard à La musique du sang de Greg Bear : voir et savoir l’intérieur du corps », Alliage, n° 62, avril 2008.

[3] Sylvie Catellin, « Nanomonde : entre science et fiction. Quelles visions du futur ? », Alliage, n° 62, avril 2008, pp. 67-78.

[4] Cf. Roger Burrows, « Virtual culture, urban social polarisation and social science fiction », in Brian Loader (ed.), The Governance of Cyberspace. Politics, Technology and Global Restructuring, London, Routledge, 1997.

[5] Cf. Matthew Gandy, « Cyborg Urbanization: Complexity and Monstrosity in the Contemporary City », International Journal of Urban and Regional Research, vol. 29.1, March 2005, pp. 26-49.

[6] Cf. Mark Hamilton, « Intergalactic Relations and The Politics of Outer Space: Lessons from Science Fiction », in Securing Outer Space. International Relations Theory and the Politics of Space, Edited by Michael Sheehan and Natalie Bormann, London, Routledge, 2008.

[7] Cf. Charles E. Gannon, Rumors of War and Infernal Machines. Technomilitary Agenda-Setting in American and British Speculative Fiction, Lanham, Rowman and Littlefield, 2005.





Ce que la science-fiction peut apporter à la pensée politique

17 12 2008

 

Le passé est souvent utilisé pour éclairer le présent. Mais le futur semble l’être beaucoup moins. L’exercice paraît effectivement plus périlleux. Évidemment, nul ne peut savoir ce que sera exactement le futur. Le besoin d’en avoir une connaissance, et même de le maîtriser, n’a pas cessé pour autant. Dans l’espoir d’arriver à appréhender et traiter plus facilement des enjeux actuels, les tentatives ont continué à se développer en cherchant des garanties scientifiques et en ébauchant des méthodes, comme celles de la prospective et de son travail sur scénarios.

 

Je propose d’explorer une autre voie, celle de la science-fiction, et de montrer les apports qui peuvent en être dégagés pour la pensée politique. Ce serait facile d’écarter la proposition d’un geste condescendant. Il suffirait de ramener les œuvres et productions de ce domaine à un simple exercice d’imagination débridée. Mais ce serait ignorer ce que des œuvres puissantes ont pu apporter aux débats et aux réflexions sur l’évolution du monde[1]. Ce serait aussi croire que ces écrits n’ont d’autre ambition que celle de l’imaginaire.

 

Sortis des clichés, les écrits de science-fiction peuvent en effet trouver d’autres résonances. De manière significative, les interrogations, mais aussi les manifestations d’anxiété, montent sur l’accélération du changement technique et social, et a fortiori sur ses effets[2]. Ces interrogations nourrissent de plus en plus de doutes sur l’adaptation des outils intellectuels actuellement disponibles[3]. Dans des écrits plus ou moins proches de la sphère académique, quantité d’indices sont mis en avant pour signaler qu’un autre monde est en train de se construire. Sauf que, devant la rapidité apparente des évolutions, la réflexion risque aussi d’être en retard par rapport à leur potentiel de transformation sociale[4].

 

Pour appréhender le monde qui vient, il peut donc être utile de réfléchir à d’autres approches et opérations intellectuelles. La première peut être tout simplement de prendre de la distance dans la manière de percevoir le monde et son fonctionnement. La science-fiction offre un matériau propice à ce type d’attitude et il va s’agir ici de montrer que ce matériau peut aussi être incorporé dans un processus de production de connaissance. Ces potentialités ont été pour partie plus ou moins entrevues[5], mais elles méritent d’être pleinement développées.

 

L’hypothèse centrale fondant et nourrissant mon approche est que la science-fiction représente une façon de ressaisir le vaste enjeu du changement social, et derrière lui celui de ses conséquences et de leur éventuelle maîtrise. Autrement dit, que ce soit sur le versant utopique ou dystopique, ce qui se construit aussi dans ces productions culturelles, c’est un rapport au changement social. La science-fiction offre, certes plus ou moins facilement, des terrains et des procédés pour s’exprimer sur des mutations plus ou moins profondes, plus précisément sur les trajectoires que ces mutations pourraient suivre. Elle constitue une voie par laquelle le changement social se trouve réengagé dans une appréhension réflexive.

 

C’est parce que le présent contient les conditions de fabrication du futur que l’enjeu est aussi d’être capable de développer une réflexion à rebours. Science et technique ont évidemment des implications politiques, et leurs évolutions potentielles demandent non seulement de maintenir l’attention, mais aussi de garder des prises réflexives sur le champ des possibles. D’où l’intérêt des œuvres de science-fiction pour la pensée politique, ce que j’essaierai d’exposer et d’expliquer en trois étapes à venir prochainement sur ce blog. La première permettra de mettre en évidence le potentiel heuristique de la science-fiction. La deuxième visera à montrer en quoi les récits proposés constituent aussi des dispositifs de problématisation. En soulignant que le changement social transparaît ainsi comme un motif latent, la troisième cherchera enfin à préciser comment il est possible de tirer parti des idées avancées sous forme fictionnelle et de les rendre productive du point de vue de la théorie politique.

 

À suivre…

 

[1] 1984 de Georges Orwell et Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley servent de références classiques. Sur la force philosophique de ces oeuvres dans l’évocation du totalitarisme, voir Michel Freitag, « Totalitarismes : de la terreur au meilleur des mondes », Revue du MAUSS, n° 25, 2005/1, p. 145-146.

[2] Cf. Hartmut Rosa, « Social Acceleration: Ethical and Political Consequences of a Desynchronized High-Speed Society », Constellations, vol. 10, n° 1, 2003, pp. 3-33.

[3] Cf. Nicholas Gane, « Speed up or slow down? Social theory in the information age », Information, Communication & Society, vol. 9, n° 1, February 2006, pp. 20-38.

[4] Comme le fait remarquer Cynthia Selin : « sociologic tools readily equip scholars to look at the future in terms of how various people today talk about tomorrow; but they do not enable taking the social reality of futures seriously » (« The Sociology of the Future: Tracing Stories of Technology and Time », Sociology Compass, 2/6, 2008, p. 1882).

[5] Sur l’utilisation du film Blade Runner, inspiré du romancier américain Philip K. Dick, comme source de réflexion sur la nature humaine et comme incitation à un passage de la théorie politique par le cinéma, voir par exemple Douglas E. Williams, « Ideology as Dystopia: An Interpretation of Blade Runner », International Political Science Review, vol. 9, n° 4, 1988, pp. 381-394.






Projet en cours

24 08 2008

 

 

 

 

 

 

La science-fiction

 comme avant-garde

 

 

Et si la science-fiction produisait autre chose que de l’étonnement ? Son contraire justement : le fait de ne pas être étonné lorsqu’on voit des événements ou des situations survenir. Une impression de familiarité, de déjà-vu, devant des évolutions qui paraissent en cours.

Bien qu’elle pâtisse souvent de clichés réducteurs, la littérature de science-fiction n’est pas seulement une littérature d’évasion pour esprits en quête d’horizons inexplorés. Dans le champ des productions culturelles, elle a aussi pris place comme une littérature d’idées. De ce point de vue, la littérature de science-fiction a une position qui peut paraître ambiguë s’agissant de ses prolongements sociaux. Mais les potentialités ainsi enclenchées ne semblent pas toujours véritablement perçues.

D’un côté, la science-fiction peut être un support et un vecteur de réflexivité collective[1]. Sur un mode certes narratif, les textes et œuvres de science-fiction sont en effet aussi des montages spéculatifs. Ils permettent de nourrir des questionnements, de mettre en circulation des expériences de pensée. Par agencement de thèmes, d’hypothèses, de perspectives, la science-fiction construit un espace d’investigation multidimensionnelle (technique, politique, sociale…). En explorant des futurs possibles, elle est une invitation à réfléchir par des voies fictionnelles sur des conjonctures présentes et leurs ramifications. C’est de fait un des rares domaines littéraires où s’exerce un regard attentif et critique sur les évolutions techno-scientifiques et leurs effets. Certaines œuvres peuvent aider à accroître le niveau de conscience sur certains enjeux et la forme narrative est alors un véhicule supplémentaire.

D’un autre côté, la science-fiction peut aussi contribuer à préparer les esprits. De fait, elle participe à la construction et à la diffusion d’images du futur : c’est là où, pour une large part, elle trouve son essence. Mais c’est par là aussi qu’elle peut avoir d’autres effets puissants et peut-être plus souterrains. Grâce à (ou à cause de, selon le point de vue) la science-fiction, la société n’est pas totalement surprise des évolutions qui surviennent. D’une manière plus ou moins anticipatrice, plus ou moins réaliste, la science-fiction construit et place de nouveaux repères qui peuvent participer à l’acceptation de certaines évolutions.

Il y a là une dimension qui paraît peu explorée. Beaucoup de travaux existent déjà sur les dimensions utopiques ou dystopiques de la science-fiction, mais peu d’investigations ont été faites sur sa contribution comme préparation de ce qui sera le réel[2]. Pourtant, beaucoup de sujets se présentent rapidement à l’esprit comme exemples potentiels : les biotechnologies, la sélection génétique[3], le clonage, l’hyper-surveillance avec les dérivés de la biométrie, la globalisation des réseaux informatiques, etc. La liste pourrait être facilement rallongée. Le phénomène peut être renforcé lorsque l’œuvre littéraire de science-fiction est reprise et adaptée sous forme cinématographique[4].

Si la science-fiction peut contribuer à construire une plausibilité sociale, il n’est donc pas inutile d’examiner comment. Par quelles voies cette familiarisation des esprits peut-elle s’effectuer ? Dans quelle mesure l’univers représenté fictionnellement peut-il aussi participer à la construction d’une représentation collective ? Peut-on alors forger, à côté de la fonction utopique ou de l’orientation dystopique, un autre néologisme et parler d’une fonction proto-topique ? Toutes ces questions renvoient à des aspects relationnels entre les œuvres et des ensembles sociaux plus ou moins larges, c’est-à-dire à la fois aux visions du monde contenues dans ces productions culturelles et à leurs possibilités de diffusion.

Ce qui est aussi intéressant, c’est que ces phénomènes de diffusion peuvent se doubler d’effets politiques. La science-fiction comme forme d’expression artistique apparaît en effet couramment utilisée comme un moyen d’alerter. Ces propositions fictionnelles se chargent alors de potentialités réflexives, voire critiques. D’où effectivement une dimension politique, du fait des questionnements que les sujets mis en scène peuvent contenir par rapport aux évolutions de la vie collective.

C’est aussi cette dimension politique de la littérature de science-fiction qui mériterait d’être davantage interrogée et travaillée. Par quels moyens cette forme d’expression produit-elle ou peut-elle prétendre produire des effets politiques ? La question peut commencer à trouver une réponse si on considère que la science-fiction représente une façon de ressaisir le vaste enjeu du changement social, et derrière lui celui de ses conséquences et de leur éventuelle maîtrise. Autrement dit, que ce soit sur le versant utopique ou dystopique, ce qui se construit aussi dans ces productions culturelles, c’est un rapport au changement social. La science-fiction offre, certes plus ou moins facilement, des terrains et des procédés pour s’exprimer sur des mutations plus ou moins profondes, plus précisément sur les trajectoires qu’elles semblent pouvoir prendre. Elle constitue une voie par laquelle le changement social se trouve réengagé dans une appréhension réflexive. En ce sens, les producteurs d’œuvres de science-fiction participent d’une avant-garde.

Bref, voilà un projet intellectuel qui peut être stimulant : revenir sur ce rapport de la science-fiction au changement social. Plus précisément, il serait d’examiner comment l’appréhension du changement social est travaillée par cette médiation littéraire. Quels sont les thèmes qui font l’objet d’engagements privilégiés ? Des intentions particulières sont-elles mises en avant ? Pourquoi ce mode d’expression est-il choisi ? Quelles positions permet-il de construire ?

On peut engager cet examen en considérant cette forme d’expression artistique comme un travail de problématisation (au sens où Michel Foucault pouvait entendre ce terme). Ces œuvres peuvent d’ailleurs participer à des processus de problématisation plus larges. C’est ce qui a pu se passer pour les enjeux écologiques[5] ou plus récemment dans le cas des nanotechnologies[6].

S’intéresser pleinement à la dimension politique de la science-fiction incite aussi à regarder plus attentivement les effets sociaux des œuvres. Vers quels usages politiques la science-fiction peut-elle ouvrir ? L’écrivain italien Valerio Evangelisti signalait par exemple les inspirations que certains récits pouvaient procurer pour des usages militants : « De leur propre aveu, des membres de l’extrême gauche européenne ont créé sous l’influence des récits cyberpunk le réseau European Counter Network (ECN) ; ils furent les premiers à utiliser la vitesse du nouveau système d’information pour coordonner leurs actions »[7]. La sphère gouvernementale n’est pas non plus imperméable aux univers de science-fiction et des responsables peuvent s’en inspirer, en reprenant par exemple certaines images pour compléter les constructions discursives visant à légitimer leurs actions, comme cela a pu être le cas lorsque l’administration Reagan a repris l’appellation « Star Wars » pour son projet de bouclier spatial anti-missiles[8].

En tout cas, adopter une telle perspective implique de ne pas se contenter de travailler sur des textes clos sur eux-mêmes. Pour comprendre leur résonance, il faut non seulement s’intéresser au message transmis, mais aussi à l’aire de circulation dont ils vont pouvoir bénéficier. Reste maintenant  à reprendre la vaste richesse accumulée jusqu’à présent dans un véritable foisonnement d’œuvres pour faire ce lien entre l’expression artistique et ses prolongements.

 


[1] Au sens d’Anthony Giddens : « La réflexivité de la vie sociale moderne, c’est l’examen et la révision constantes des pratiques sociales, à la lumière des informations nouvelles concernant ces pratiques mêmes, ce qui altère ainsi constitutivement leur caractère » (« Réflexivité de la modernité », in Les conséquences de la modernité, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 45).

[2] Ariel Kyrou avait commencé à explorer cette piste. Cf. Paranofictions. Traité de savoir vivre pour une époque de science-fiction, Climats, 2007.

[3] Du Meilleur des mondes de Aldous Huxley en littérature à Bienvenue à Gattaca au cinéma.

[4] L’effet pouvant être lui-même encore renforcé par les avancées dans l’utilisation de certaines techniques cinématographiques. Cf. Yvonne Spielmann, « Elastic Cinema. Technological Imagery in Contemporary Science Fiction Films », Convergence: The International Journal of Research into New Media Technologies, vol. 9, n° 3, 2003, pp. 56-73.

[5] Cf. Ernest J. Yanarella, The Cross, the Plow and the Skyline. Contemporary Science Fiction and the Ecological Imagination, Parkland, Brown Walker Press, 2001 ; Brian Stableford, « Science fiction and ecology », in A companion to science fiction, edited by David Seed, Malden, Blackwell Pub., 2005.

[6] Cf. Diana M. Bowman, Graeme A. Hodge, Peter Binks, « Are We Really the Prey? Nanotechnology as Science and Science Fiction », Bulletin of Science, Technology & Society, vol. 27, n° 6, 2007, pp. 435-445.

[7] Valerio Evangelisti, « La science-fiction en prise avec le monde réel », Le Monde diplomatique, août 2000, p. 29.

[8] Cf. To Seek Out New Worlds: Exploring Links between Science Fiction and World Politics, edited by Jutta Weldes, New York, Palgrave Macmillan, 2003, p. 7. Pour un récit de cet épisode, voir également Norman Spinrad, « Quand « La Guerre des étoiles » devient réalité », Le Monde diplomatique, juillet 1999, p. 28.








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