Sur le retour du partage et son intérêt écologique

27 08 2013

La réduction des pressions environnementales peut aussi trouver un autre type de levier dans les dynamiques diffuses qui marquent une réactivation de l’idée de partage. Le principal lien justificatif peut paraître logique : lorsque des biens sont partagés, le nombre d’unités utilisées peut être réduit et donc des ressources peuvent être économisées. Or, dans les représentations comme dans les pratiques, le partage bénéficie de conditions qui tendent à nouveau à le favoriser. L’option du partage peut se renforcer en profitant d’un moindre intérêt pour la possession, notamment lorsqu’il apparaît peu pertinent d’acheter des produits au bout du compte peu utilisés. Le partage peut être alors une manière non marchande d’accéder à certains biens. De fait, s’il s’agit de satisfaire certains besoins, la préoccupation peut être plutôt de pouvoir utiliser ces biens, pas forcément de les posséder. L’« économie de fonctionnalité » repose aussi sur cette hypothèse, mais dans la perspective de vendre un service plutôt qu’un produit. Cette solution commerciale n’est toutefois pas la seule possible. Des sites Internet de plus en plus nombreux permettent d’organiser des formes de troc (pour des objets du quotidien ou pour des services) ou de prêt (par exemple pour du matériel de puériculture dans le cas de www.bebepartage.com ).

Pour certains observateurs, ces phénomènes signalent le développement d’une « économie du partage ». Celle-ci bénéficie non seulement des possibilités de relations à distance rendues possibles grâce à Internet, mais aussi des souhaits de relocalisation et des effets de la récession économique depuis 2008 sur les budgets des ménages[1]. Dans sa version médiée par les NTIC, cette  « économie du partage » n’est d’ailleurs pas sans susciter les appétits financiers de certains acteurs qui espèrent également pouvoir en tirer des revenus (par exemple lorsque les sites ou les plates-formes gagnent en audience et que leur popularité devient monnayable).

Share or DieLa logique du partage est aussi promue de manière militante. Elle inspire un mouvement qui a trouvé avec Internet un moyen de diffuser sa cause en lui donnant une touche de modernité. C’est le cas avec des magazines en ligne comme Ouishare (www.ouishare.net) ou Shareable (http://www.shareable.net/), qui agrègent aussi des formes de communautés et essayent de s’organiser en réseau. Dans cette même veine, cette logique est aussi saisie comme un moyen de faire évoluer l’ordre économique, avec l’appui supposé possible des jeunes générations, à l’image de la vision défendue dans l’ouvrage collectif Share or Die: Voices of the Get Lost Generation in the Age of Crisis (dirigé par des animateurs de Shareable)[2]. Il suffit de parcourir le web pour avoir l’impression que tout semble partageable, du moyen de transport au terrain à cultiver, des appareils domestiques aux outils professionnels. Le réseau Freecycle, lancé aux États-Unis mais maintenant réparti à travers le monde sous forme de groupes locaux, pousse même la logique jusqu’au don en permettant de céder gratuitement les objets encore utilisables dont certains souhaitent se séparer. Une partie de la visée est écologique et en réaction au modèle de la « société de consommation » : « Notre but est de libérer les espaces naturels d’objets abandonnés bien qu’encore utiles. En utilisant ce que nous avons déjà sur cette planète, nous réduisons le consumérisme à outrance, la production de masse, et en réduisons l’impact nocif sur la planète. Un autre avantage à utiliser Freecycle est qu’il nous incite à nous défaire d’acquisitions compulsives dont nous n’avons plus usage et encourage chacun à adopter une attitude communautaire »[3]. Par une plateforme sur Internet permettant la mise en relation, le transfert des objets est censé se faire localement pour éviter les inconvénients écologiques liés au transport, et accessoirement aider à développer le lien social. Sur un principe voisin, le site allemand www.foodsharing.de vise à mettre en relation des particuliers ou des professionnels ayant des surplus de produits alimentaires avec des utilisateurs potentiels. L’échange doit être gratuit, dans une logique qui ne vise pas simplement à réduire les gaspillages, mais aussi à restaurer les relations de partage rattachables au besoin de manger.

Des pièces supplémentaires pour une transition écologique ? À analyser davantage en tout cas et on y reviendra probablement.


[1] Cf. Rachel Botsman and Roo Rogers, What’s Mine Is Yours. The Rise of Collaborative Consumption, New York, HarperBusiness, 2010.

[2] Malcolm Harris with Neal Gorenflo (eds), Share or Die. Voices of the Get Lost Generation in the Age of Crisis, Gabriola Island, New Society Publishers, 2012.

[3] http://fr.freecycle.org/accueil/, consulté le 29 janvier 2013.

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Une réponse

27 08 2013
zelectron

je me demande tout à coup quelle est la chose la mieux partagée du monde ? Descartes répondait : le bon sens. Malheureusement ce n’est plus si sûr !

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